Éditorial

On est où là ?

Progressivement, presque plus personne ne chante les airs du changement, de l’émergence, de la refondation… Même pas les prétendus initiateurs et idéologues de ces slogans. C’est dire à quel point ces mots traduisent le sérieux de ceux qui nous gouvernent ! Des partis de la mouvance en perpétuelle tentative de regroupement, une catégorie de zémidjan en uniforme jaune, quelques salons de coiffure et certains bazars – comme si tout cela était du même ordre – portent encore ces mots sur des insignes ou enseignes, comme autant de vestiges amusants. Mais bon nombre de Béninois font quotidiennement le stoïque chemin d’enfer de leur vie sur des routes défoncées, dans la pauvreté, la division et le désespoir aggravés par un avenir social et politique incertain. Des constructions phraséologiques du changement, il ne reste que les dithyrambes dont est affublée la haute autorité (comme ça se dit).
Et de fait, il n’y a que la haute autorité. Tout ce qui se fait est de lui et par lui. Sauf les erreurs et les scandales. Il n’y a d’autre nom que le sien, et gare à qui veut être sans lui. C’en est fini, de ceux qui voulaient être contre lui. Pendant un temps, ils étaient métaphoriquement face à lui et alors, on parlait avec précaution du « camp d’en face ». Dare-dare, il n’y a plus que lui. Maintenant, pour quémander des faveurs, c’est à lui directement que vont tous les « au secours » d’une population qui ne sait plus défendre ses droits, mais qui paie pourtant patentes et impôts. C’est encore à lui que reviennent tous les « mercis » et « soutiens » de citoyens dépendants, à la dignité noyée dans le clientélisme et la courtisanerie. Plus aucune force en face. Ni politique, ni sociale, ni même morale ou religieuse.
Du coup, c’en est fini aussi du dialogue national dont on parlait tant. C’en est fini même du temps où le mot servait d’alibi communicationnel pour distraire. Après la crise institutionnelle autour du vote du budget 2014, la tension actuelle autour de la proposition de loi de suppression du droit de grève aux magistrats indiquera à quel point les contre-pouvoirs ne sont plus que l’ombre portée du pouvoir exécutif, sans possibilité de dialogue constructif et respectueux, parfois contradictoire entre institutions de la République. A 54 ans d’indépendance, on est où là ? Au Bénin ?

André S. QUENUM

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